Cet homme va vous surprendre.

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jeudi 29 janvier 2015

NOUVEL EXTRAIT : Lendemain de fête.



Les anniversaires croisés de Tchaïkovski et Wagner ont tourné au duel musical que le compositeur allemand a vertement esquivé, insultant son homologue russe au passage, malgré les efforts conjugués de Sonia et Félix pour les réconcilier.
Mais la fête n'a pas été perdue pour tout le monde.
Glinka est amoureux.
 Acte 3 Scène 5 (Glinka, Wagner, Siegfried, Cosima, Sonia)

Un long instant. Puis Glinka entre sur scène en fredonnant.
Glinka
L'amour est enfant de Bohême,
Il n'a jamais jamais connu de loi.
Si tu ne m'aimes pas je t'aime,
Si je t'aime prends garde à toi.

Il porte un bouquet de  fleurs et cherche quelqu'un du regard. Il va voir derrière le comptoir en continuant de fredonner. Ouvre la porte à jardin puis la referme visiblement déçu de ne voir personne.

Glinka- Il y a quelqu'un ? Mlle Sonia ?

Il va vers la petite scène et fouille derrière le rideau avant de s'asseoir sur le tabouret, visiblement déçu. Il regarde les fleurs, inspire leur parfum. Un temps. Glinka se lève et se met à chanter.

Glinka
Veuillez me pardonner ma hardiesse
Excusez mon indélicatesse,
Depuis hier j’ai le cœur en liesse
Je ne pense qu’à votre paire de fes…

Il s’arrête soudain et secoue la tête avant de compter sur ses doigts. Richard Wagner entre et l'observe depuis le pas de la porte.

Glinka- (qui ne l'a pas aperçu)...Depuis hier, j’ai le cœur en liesse, aurez-vous pitié de ma détresse ?
Wagner - (très pince-sans-rire) J’ignorais que vous faisiez dans la poésie maintenant, Mikhail.
Glinka- Ah ! Richard ! Je ne vous avais pas entendu ! (Il descend  de l’estrade) Savez-vous où est Mlle Sonia ?
Wagner - Aucune idée. Et cela m'importe peu, je suis moi-même venu voir quelqu'un d'autre...
Glinka- Ah !...Ça ne vous dérange pas si je l'attends ?
Wagner - Faites comme chez vous...

Wagner va s'installer à la table 4. Glinka s'installe à la table 3 et remarque sa mine soucieuse.

Glinka- Tout va bien ?
Wagner - Pas vraiment. Ma chère et tendre femme Cosima vient de me gifler.
Glinka- Oh ! Qu'aviez-vous donc fait ?
Wagner - Au départ, je me disputais avec mon fils Siegfried ! Il me reprochait de m'être comporté comme un mufle envers Tchaïkovski lors de la soirée ici même.

Siegfried apparait par le rideau de la petite scène.

Siegfried - Père, ce n'est plus possible !
Wagner - (face public) Quoi donc ?
Siegfried - Votre attitude à l'égard de Mr Tchaïkovski, vous vous comportez comme un mufle et c'est indigne de vous !
Siegfried Wagner

Wagner continue face public comme si Siegfried était devant lui et non derrière. Glinka ne regardera, lui aussi, jamais Siegfried.


Wagner - Comment oses-tu me parler sur ce ton, Siegfried ? Je veux des excuses, immédiatement !
Siegfried - C'est vous qui devez des excuses à tous les invités de cette soirée ! Votre attitude a été abjecte. Vos prétentions musicales sont écœurantes ! Elles n'ont d'égal que votre vanité et votre autosatisfaction !
Glinka- Et qu'avez vous répondu à cela ?
Wagner - (à Glinka) Rien. Je suis resté sans voix ! Moi, le plus grand compositeur d'opéras ! Mais attendez la suite...
Glinka- Ah....

Wagner ramène son regard face public. Celui-ci qui s'était immobilisé embraye aussitôt.

Siegfried - Vous  n'avez des oreilles que pour votre musique, et rien d’autre n’a de valeur autour de vous.  Mr Tchaïkovski est beaucoup plus chaleureux… Il m'a d’ailleurs complimenté en me disant que j'avais dirigé «l’ouverture miniature » à merveille.
Wagner - Félicitation de pacotille ! Il essaye de te monter contre moi et il y parvient parfaitement à ce que j’entends !
Siegfried - Vous êtes impossible ! Vous souvenez-vous du dernier compliment que vous m'avez fait ?
Wagner - Tu m'agaces avec tes jérémiades...
Siegfried - Je vous agace, Père ? (Un temps) Alors vous ne verrez pas d'inconvénient à ce que j'avoue avoir toujours préféré la musique de Tchaïkovski à la vôtre !
Wagner - (Furieux) Quoi ? (Plus calmement à Glinka) Mikhaïl soyez franc, je compose vraiment comme un malpropre ?
Glinka- Voyons Richard... (Il lâche un gros rire) Enfin...Vous êtes un monument du patrimoine de la musique classique....Quelqu'un qui n'aurait aucun talent n'aurait pas cet honneur...Mais comment en êtes-vous venu à vous faire gifler par votre femme ?
Wagner – De la manière suivante… (Furieux face public) Mais finalement tu es pire que lui ! (crachant le mot) Sodomite !
Siegfried - Oh...Quelle délicatesse de votre part ! C'est cependant très drôle de la part de quelqu'un qui trompe Mère avec Mlle Sonia !
Glinka- (surpris et déçu) Ah ?....Mlle Sonia est votre amante ? J'ignorais....
Wagner - Ma femme aussi.

Cosima entre par la porte à jardin. Elle se place en face de Wagner et le gifle fortement.

Wagner - Cosima ? Ma tendre et douce ? Vous étiez là ? (se frottant la joue) Et je suppose que vous avez tout entendu ?
Cosima - Richard ! J'ai vraiment tout supporté de votre vivant ! Mais là, la coupe est pleine ! Une liaison extraconjugale post mortem ! Dites-le franchement, vous voulez que je me retourne dans ma tombe ? Je vous somme de mettre un terme définitif à cette idiotie ! Et tant que vous y êtes, je vous somme de  présenter vos excuses à Mr Tchaïkovski ! Je n'attendrais pas l'éternité pour garder ma réputation de mère et ma dignité d'épouse ! (elle monte sur l’estrade et tend le bras vers son fils) Siegfried ! Je vous apporte tout mon soutien aux griefs que vous portez à l'encontre de votre crétin de père ! Venez, qu'il médite là-dessus ! (ils sortent par le rideau) Richard...le dîner est à 9 heures !

Ils disparaissent en coulisses.

Glinka- Et qu'avez-vous fait ?
Wagner - J'ai médité là-dessus... Mais ma décision a été vite prise : je me vois dans l'obligation de venir ici sur l'ordre de ma propre femme pour rompre avec Mlle Sonia et présenter mes excuses à Tchaïkovski.
Glinka- (rassuré et ravi) Rompre avec Mlle Sonia ...Une bonne chose...Elle n'est pas faite pour vous...

Mlle Sonia déguisée en gitane
Sonia entre sur scène par la double porte, habillée en gitane espagnole : une robe rouge vif et un ample chemisier blanc; un collier de perle pendant jusqu'à ses seins et une rose rouge dans les cheveux.

Sonia- Mr Glinka ! Richard ! Vous tombez bien tous les deux !

Wagner se retourne depuis sa chaise tandis que Glinka se lève subitement en reconnaissant sa voix. Elle s’avance au centre de la scène.

Sonia- Soyez francs avec moi ! Qu'est-ce que vous pensez de mon costume de "Carmen" ?
Glinka- (ébloui) Mlle Sonia ! Vous êtes superbe !
Wagner - (froidement) Très joli... Sonia tout est fini entre nous, ma femme a découvert notre liaison.
Sonia- Quoi ?...mais...mais...de quoi parlez-vous Richard ?
Wagner - Glinka est au courant. Inutile de feindre. Savez-vous où est Tchaïkovski ?

Glinka
(S’avançant vers elle)
Veuillez me pardonner ma hardiesse
Excusez mon indélicatesse,
Depuis hier j’ai le cœur en liesse
Aurez-vous pitié de ma détresse ?

Sonia- (Ne l'écoutant même pas et allant vers Wagner) Mais....mais comment a-t-elle su ? C'est une catastrophe !
Wagner - Pas du tout. Cela s'est résumé à une gifle vigoureuse et de plates excuses. 
Glinka- 
(La rejoignant)
Veuillez me pardonner ma hardiesse
Excusez mon indélicatesse…

Sonia- Richard, qu'allons nous faire ?
Glinka- Mlle Sonia....
Sonia- (se retournant vers lui, agacée) Quoi à la fin ? (apercevant les fleurs) Oh ! Très joli ce bouquet, merci.

Elle les prend négligemment et se retourne vers Wagner.

Sonia- Richard, est-ce que....

Glinka
(Hurlant à plein poumons)
Depuis hier j’ai le cœur en liesse
Je ne pense qu’à votre paire de fesses.

Il se met aussitôt la main sur la bouche, surpris par ses propres paroles. La jeune femme s'interrompt et fronce les sourcils, pas toute à fait sûre de ce qu'elle a entendu.

Sonia- (à Wagner) Qu'est-ce qu'il vient de dire ?
Wagner - Qu'il vous aimait. Vous voyez ? Je suis déjà remplacé, inutile de faire des histoires. (Impatient) Bon, où est Tchaïkovski ?

Sonia se retourne vers son prétendant, gênée et confuse.

Sonia- Heu....Mr Glinka.
Glinka - Mikhaïl, je vous en prie...Désolé pour…
Sonia- D'accord, Mikhaïl...j'ai peur qu'il y ait un petit malentendu...
Glinka- Non, je vous aime. Pas de malentendu.
Sonia- Mais comment cela vous m'aimez ? On ne peut pas m'aimer du jour au lendemain...
Glinka- Depuis que nous avons dansé ensemble hier
Sonia- On a dansé hier ?
Wagner - Mais oui, petite anémone....
Sonia- Ah oui. On a dansé hier.
Glinka- Et de vous voir ainsi si belle, si épanouie... (il s'approche d'elle, très entreprenant) Vous ranimez ma vieille flamme que je croyais éteinte....
Sonia- (le repoussant gentiment) Richard...un peu d'aide ne serait pas de refus...
Wagner - Vous êtes une grande fille, débrouillez-vous.
Glinka- (revenant à la charge) Offrez-vous à moi, Sonia ! Laissez-moi vous embrasser !
Sonia- (le repoussant en implorant) Richard.....!!!!

Wagner soupire. Il prend la bougie sur la table dans sa main droite et attrape la nappe blanche de sa main gauche qu'il tend vers Sonia, en continuant de fixer droit devant lui. Il conservera cette attitude durant tout ce qui suit.

Wagner - Tenez, ça vous sera sûrement utile.

On commence à entendre la "danse espagnole"[1] de Tchaïkovski
Sonia attrape la nappe que lui tendait Wagner, cherchant brièvement à quoi elle pourrait bien lui servir puis devant Glinka qui se prépare à donner un nouvel assaut, elle la tend sur le côté tel un toréador lors d'une corrida.

Glinka, ravi, joue le jeu mettant deux doigts au-dessus de sa tête imitant des cornes de taureau.

Glinka- Une petite corrida en guise de préliminaire... Délicieux.

Ils tournent au centre de la scène un instant. Puis lorsque Glinka se trouve dos au public, il charge. Sonia l'esquive en levant la nappe et il va heurter l'estrade. Il se retourne, le sourire coquin aux lèvres.

Sonia- (embarrassée) Mikhaïl, j'ai peur que vous vous fassiez un peu mal. Cette comédie a assez duré.
Glinka- Ce n'est pas de la comédie, c'est la lidia ! [2]

Sonia jette un oeil vers la sortie et commence à faire un pas vers elle mais Glinka s'interpose. Il charge de nouveau. Esquive de Sonia. Il atterrit contre la table 3. Wagner ne daigne même pas tourner la tête.

Wagner - Vous vous amusez bien ?
Glinka-  (se redressant) Comme un fou !
Wagner - Il y en a au moins un....
Sonia – Richard ! Merde ! Venez m'aider à la fin !

Glinka se met entre elle et la double porte de sortie. Sonia recule à jardin.

Glinka- Vous ne pourrez pas m'échapper continuellement, Sonia !
Sonia- Permettez-moi d'essayer !
Glinka- Permettez-moi de vous en empêcher !

Sonia fait deux petits pas à gauche. Puis deux petits pas à droite. Glinka l'imite à chaque fois. Il charge. Elle l'esquive. La nappe virevolte. Glinka va heurter la table où se trouve Wagner. Sonia en profite pour monter sur l'estrade.

Sonia- Qu'est-ce qui ne faut pas faire, je vous jure !

Glinka se retourne et avance vers l'estrade à son tour. Sonia donne l'impression de s'être faite piégée.

Glinka – Voyons, vous savez très bien que vous ne pouvez sortir par-derrière ce rideau...Laissez-moi juste vous donner un baiser !
Sonia- C'est un cauchemar !
Glinka -  (montant sur l'estrade)  Juste un petit bisou !
Sonia- Et puis quoi encore ! Je connais la chanson, ça commence comme ça et...
Glinka - Sans la langue, promis !
Sonia- Mr Glinka ! Maintenant je vous préviens que si vous faites un pas de plus... (Il charge. Sonia crie) Richard !

Glinka attrape Sonia. Mais dans son élan, ils disparaissent tous les deux derrière le rideau. On entend un grand fatras. La musique s'arrête. Wagner reste impassible, lâchant juste très froidement :

Wagner - Olé !
Richard Wagner, sera-il la mauvaise herbe que l'on croit ?

[1] Morceau d'environ 2minutes 20 tiré du ballet "le lac des cygnes"
[2]  L'heure du combat en espagnol

mercredi 13 août 2014

PRESENTATION

L'ANNIVERSAIRE DE TCHAÏKOVSKI
Comédie En-Chantée (9 hommes - 7 femmes)
Public : Adultes et adolescents


L'histoire : Imaginez un endroit convivial où se retrouvent tous les musiciens qui sont décédés, où ils fêtent leurs anniversaires respectifs en buvant , en jouant et en chantant. Ce lieu se nomme "Le bar des musiciens défunts". Diane Vermillard, professeur de musique fraîchement décédée, débarque au moment de l'anniversaire de Tchaïkovski.
Petite complication: Sonia & Félix, les deux gérants des lieux ont fait une erreur d'agenda.
L'anniversaire de Richard Wagner chevauche celui de Tchaïkovski.
Catastrophe ! le Russe et l'Allemand n'ont jamais pu s'entendre.Tout en essayant de retrouver une mémoire défaillante, Diane va être le témoin de ce règlement de comptes symphonique en se demandant ce qu'elle fait parmi eux. Et si la réponse était dans ces illustres compositeurs à la fois puérils et désabusés ?

Commentaires de l'auteur : Écrite en 2007, cette pièce a eu une modification générale draconienne en cette année 2014. Je l'ai beaucoup allégée suite au spectacle "La mariée était en fuite" avec Cholé Lacan et Liz Chérhal entre autres nombreux talents. A l'écoute de ce road-movie musical je me suis dit "Voilà ! c'est ça qu'il faut pour cette pièce". N'étant pas musicien, je me suis "contenté" de mettre des paroles originales liées à l'histoire, raccourcissant du coup en chansons certains passages et modifiant la fin. Le personnage fictif "Hubert Vermillard" est devenu" Diane Vermillard" entre temps, afin d'équilibrer un peu plus la distribution originale. Le personnage de Liszt a été supprimé. (Oui j'ai tué Franz Liszt....)

Si vous avez la version précédente vous pouvez la brûler avec ma bénédiction ou bien la garder pour comparer le travail de création, assez long pour ma part, au niveau des paroles.

J'espère que cet hommage aux compositeurs d'antan trouvera sa troupe et son public. On rit, on chante, on est ému, la mort ne vous aura jamais parue aussi vivante !

PERSONNAGES



PERSONNAGES : 7 femmes &  9 hommes
 (personnages fictifs)

Les femmes :                                                                 
- Diane Vermillard
- Sonia, la gérante
- Mme Von Meck
- Winifred Wagner
- Cosima Wagner
- Anna Dvorak
- Nina Grieg


  Les hommes :

 -Tchaïkovski

- Richard Wagner   
- Félix, le serveur
- Siegfried Wagner 
- Mikhael Glinka
- Antonin Dvorak
- Edvard Grieg
-Hector Berlioz
-Louis Berlioz

EXTRAITS




ACTE 1

ACTE 1 Scène 1 (le professeur de musique, Félix le serveur )

Lumière. Une femme est assise sur un tabouret et joue du piano depuis la petite estrade. On entend de la musique mais le piano n'existe pas. C’est "rêve d'amour" de Frantz Liszt.

Les yeux fermés la femme  pianote les mains devant elle. Très inspirée.
Félix, le serveur arrive par la double porte, il dépose doucement sa veste sur le porte-manteau ne voulant pas la  déranger. Il s’adosse au comptoir et continue à l’écouter.

La femme ouvre les yeux. L’air s'interrompt.

Félix – C’était très beau ce que vous jouiez.
Diane (semblant sortir d’un rêve) - Ce que je jouais ?…..Qui êtes-vous ?
Félix – Le serveur.
Diane - Le serveur ...Où suis-je ?
Félix – « Au bar des musiciens défunts ».
Hubert - (répétant sans rien comprendre) Au bar des musiciens... "défunts" ?
Félix – Oui....Vous êtes morte….Je vous offre un verre ?

Il fait le tour du comptoir et sort deux verres. La femme se lève et regarde la salle du bar depuis l’estrade.

Félix – Qu’est-ce que vous voulez boire ?
Diane(l’esprit ailleurs) Une eau minérale….mais attendez ! Il y a deux secondes, vous me disiez que c’était très beau ce que je jouais ! Alors ça signifie quoi ce "vous êtes morte " ?
Félix – Oui, c’est vrai, c'était très beau. Mais vous avez vu un piano sur scène ?….Glaçons ?
Diane(regardant vers la scène) Mais je ne peux pas être morte puisque je vous parle.
Félix – Moi aussi…je suis mort.

Un temps. La femme se met à sourire.

Diane
Cessez de vous moquer, cessez de m’faire marchez
De vie à trépas comment ais-je pu trépasser ?
Cessez de vous moquer, cessez de m’faire marchez
Alors que vous êtes là à pouvoir me parler.

Félix
Vous êtes décédée, là n’est pas la question
Remplissez-vous au moins les bonnes conditions ?
Le sens de l’harmonie et lire les partitions
La musique est-elle votre grande passion ?

Car pour entrer au bar des Musiciens Défunts
Vaut mieux être connu plutôt que crève-la faim
Et vos plus beaux souliers, votre plus cher parfum
Ne feront pas de vous un musicien défunt.

Elle regarde ses souliers, hausse les épaules avant de quitter l’estrade  et aller vers le comptoir.

Diane – Excusez-moi, mais je n’ai pas retenu votre nom ?
Félix – Félix, serveur. Et vous ?
Diane –Moi ?....euh...C'est.... (Cherchant dans sa mémoire)...Ca c'est la meilleure...

Félix
Vous ne vous souvenez plus ? Classique, choc violent.
Asseyez-vous un peu. Ca reviendra sûrement.

Diane
Cessez de vous moquer, vous allez m’énervez
Musique classique longtemps j’ai enseigné
Cessez de m’faire marchez, je suis fatiguée
Si ça vous plait ainsi, je vous laisse divaguer

Félix
Dans les bals populaires, dans les petits concerts,
Ma guitare rapportait un petit peu d’argent
Et désormais je sers pour les anniversaires
Je n’étais pas assez bon pour être un des clients.
Vous verrez vous allez adorer cet endroit
Où tous genres confondus, les musiques se côtoient.
Vous verrez vous allez adorer cet endroit
Quand vous découvrirez qui ce soir est le roi.
Ca rit et puis ça boit, mais tous restent courtois
Vous verrez vous allez adorer cet endroit

Diane Mmm… (Pas convaincue) Pour l’instant tout ce que je vois c’est un verre d’eau et une salle vide. De là à adorer...
Félix – Patience, ça va venir…Excusez-moi mais j’ai un cocktail à préparer…
Diane – Faites donc… Félix.

Elle s’éloigne du comptoir pendant que le serveur commence à sortir son matériel et ses alcools pour son cocktail. Elle se rapproche de la petite scène.

Diane (pour elle-même) - Et d’abord comment suis-je arrivée ici ?

Tout en essayant de se souvenir, elle fini son verre avant de remonter sur l’estrade.

Diane(toujours dans ses pensées) Je me rappelle que je jouais du piano, il y a un tabouret mais…où est passé le piano ?

Elle regarde autour d’elle, va derrière le rideau, revient et lève les yeux au plafond, semblant le chercher.
 
ACTE 1 Scène 2 (Tchaïkovski, Diane, Félix)

Entre-temps, un homme entre, la cinquantaine, bien habillé mais style 19ème siècle. Il dépose son haut de forme et sa veste sur le porte manteau à droite de l'entrée.

Tchaïkovski –Bonjour Félix.
Félix – Bonjour Maestro.

Il s’avance jusqu’à l’estrade et s’adresse à la femme qui cherche toujours au dessus d’elle.

Tchaïkovski – Bonjour.
Diane – Bonjour.
Tchaïkovski - Excusez-moi ? Je peux monter ?
Diane – Bien sûr. Faîtes….

Elle lui laisse la place et va jusqu’au comptoir, reposant son verre et réfléchissant la tête entre les mains. L’homme s’asseoit devant un piano imaginaire puis commence à jouer un petit air rapide[1]. La femme redresse la tête.

Diane –  Je connais ce morceau….c’est le concerto pour piano de Tchaïkovski !
Félix – Oui, c’est lui même !
Diane(regardant vers l’estrade) Où est le piano ?
Félix – Il n'y a jamais de piano.
Diane – Mais qui est ce qui joue du Tchaïkovski ?
Félix – Lui même... sur scène, enfin ! Là ! Piotr Ilych Tchaïkovski.

La femme écarquille les yeux reconnaissant le célèbre compositeur puis s’évanouit. Tchaïkovski s’arrête de jouer.

Tchaïkovski – Que se passe-t-il ?
Félix – L’émotion sans doute !
Tchaïkovski – Je jouais de manière si renversante ? (quittant l’estrade) Allons ! Aidons cette femme à se relever.

Ils la soulèvent et l’assoit sur une chaise de la table N°3.


Félix – Regardez Maestro, elle revient déjà à elle. Allez ! Ouvrez les yeux…cessez de jouer à « la belle au bois dormant »[2].
Tchaïkovski – Félix, cessez vos allusions et apportez une petite vodka. (Le serveur s’exécute, retournant au comptoir tandis que la femme rouvre les yeux) Alors, ça va mieux ? (La femme le regarde, effarée.) Je vois. Vous, vous êtes morte depuis peu et vous commencez à peine à vous en rendre compte.

La femme approche doucement sa main et le touche du bout du doigt.

Tchaïkovski(souriant) Oui. Je suis bien devant vous.
Félix – (apportant le verre de vodka) Seuls les morts peuvent se toucher entre eux.

Elle se lève subitement de sa chaise, recule, tourne de l’œil et s’effondre sur le sol.

Tchaïkovski(se grattant la tête) Je crois qu’elle ne supporte pas la mort.
Félix – Sans blague ?
Tchaïkovski – Qui est-ce ?
 Félix – Je ne sais pas. Elle m’a dit qu’elle était professeur de musique.

Félix, après un instant d’hésitation, boit une rasade du verre destiné à la femme.

Tchaïkovski(Intrigué) Tiens ? C’est étrange qu'elle soit arrivée ici. Est-ce qu'elle composait aussi ?
Félix – Je ne sais pas non plus. Vous pourrez toujours lui demander à son réveil. Si elle tient debout...
Tchaïkovski – Ma notoriété post-mortem a l’air de lui poser problème. Je repasserais ce soir.
Félix – Mais j’espère bien que vous repasserez ce soir ! Le bar est tout à votre honneur pour votre semaine d’anniversaire !
Tchaïkovski(d'un air las) Oui je le sais. Une semaine entière d’anniversaire. Toutes ces festivités m’ennuient….
Félix – Il n’y aura que des amis. Mr Glinka. Mr Grieg. Et Mme Callas a promis de passer. Elle ne vous laisse pas indifférent la Callas !
Tchaïkovski – Elle est gentille mais je ne supporte pas lorsqu'elle chante... Et puis vous savez les femmes…par contre, (désignant l’enseignante au sol) j’aimerai que celle-ci soit là ce soir.
Félix – La dormeuse ? Nous la connaissons à peine.
Tchaïkovski – Nous pourrons faire connaissance. Je la trouve…sympathique

Tchaïkovski  remet sa veste et son haut de forme.

Félix – Bon, à ce soir alors !
Tchaïkovski – A ce soir…Ah, Félix ?
Félix – Oui ?
Tchaïkovski(avec un regard coquin) Vous êtes très élégant ce matin.
Félix – (avec un sourire entendu) Maestro, vous me faites le compliment chaque matin et vous savez très bien que contrairement à vous, les femmes ne me sont pas indifférentes.
Tchaïkovski – Hélas !….Prenez soin de la petite nouvelle !

Il sort. Félix sourie en secouant la tête puis regarde la femme toujours au sol. Il finit le verre de vodka avant de le poser sur le comptoir.

Félix – Allez au boulot !

Il tente de la soulever jusqu’à une chaise mais trébuche. Il se redresse, réfléchit.

Félix – Une bonne claque,  peut-être ? (Il hésite, levant la main) Un baiser ?... (il hésite encore) Et si elle a mangé du fromage avant de mourir ? Oh ! Et puis merde, elle va bien se remettre toute seule !

Il retourne derrière le comptoir et continue à préparer son cocktail. Il commence à chantonner l’air de « la charge des Walkyries » de Wagner en même temps que la musique se fait entendre.










  

ACTE 1 Scène 3 (Sonia, Diane, Félix)

Sonia,  entre sur scène habillée en Walkyrie, sur l’air de Wagner. Elle s’arrête au centre de la scène et prend plusieurs poses guerrières avec une épée en bois puis attend la réaction de Félix. La musique s'arrête progressivement.

Sonia
Meurs infâme ou déguerpis,
Dans ma main, glaive ne frémit,
Des plus vaillants il a occis
Ais-je une tête de Lady ?

(Se tournant vers Félix)

Dans un vieux bazar à fourbi,
Mon costume de valkyrie
Échangé contre un tapis
Mais pour Wagner, il vaut son prix

Félix
Aurais-tu perdu un pari,
Pour risquer un coup de fusil ?
Cette parodie de valkyrie
Ça va déplaire à Tchaïkovski

Sonia
(N’ayant pas entendu)
L’anniversaire de Wagner
N’est pas pris à la légère.
Je vais charger, croiser le fer,
Traverser toutes les frontières,
Mes ennemis prendre à revers,
Les mettre tous genoux à terre !


[1] "Allegro con fuoco" du concerto pour piano N°1 de Tchaïkovski
[2] Ballet de Tchaïkovski 



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